Logo pour impression L’archéologue P. Martinez présente : l'archéologie de l’agripaume, du pot à la plante

L’archéologue P. Martinez présente : l'archéologie de l’agripaume, du pot à la plante

Céramologie, botanique et carpologie

Éric Bertrand* et Julian Wiethold**, Gilles Deparis*** et Frédéric Danet***

Une coupe antique en céramique sigillée (type Drag. 29b de 70-90 apr. J.-C.) provenant de la fouille de la rue Jarente portait un décor végétal suffisamment détaillé pour qu’il soit soumis à des botanistes.

Il s'agit d'une représentation d’agripaume (Leonurus cardiaca L.), plante médicinale connue au moins depuis l’Antiquité, est une occasion de faire le point sur les usages et les attestations carpologiques de cette espèce. Mais aussi de s’interroger sur le caractère exceptionnel de cette représentation naturaliste.

Seule l’espèce Leonurus cardiaca L. était répandue durant l’Antiquité en Gaule centrale, lieu de production de la céramique. Il semble probable que son utilisation médicinale soit à l’origine du choix de ce décor. L’agripaume Leonurus cardiaca est encore aujourd’hui utilisée pour traiter les problèmes du cœur, notamment pour apaiser ses battements, abaisser la tension artérielle et guérir la tachycardie. Ses effets antispasmodiques, relaxants, sédatifs, antibactériaux, astringents et expectorants sont connus depuis l’Antiquité. L’herbe (Leonuri cardiaceae herbae) et les fleurs séchées sont utilisées pour traiter la bronchite, les menstruations douloureuses, les problèmes de l’utérus, les troubles liés à la ménopause, les diarrhées, les problèmes du tractus intestinal, les troubles nerveux et les insomnies (Wojtyniak et alii 2013).

Ce décor, par sa précision et son originalité, s’écarte des schémas habituels. Il ne s’inscrit pas non plus dans une collection de représentations naturalistes qui aurait depuis longtemps attiré l’attention des céramologues. Fallait-il pour faire connaître l’agripaume, peut-être plus rare et difficile à identifier, recourir à une autre forme de diffusion de l’information ? La coupe de la rue Jarente invite à mobiliser des grilles de lecture inusitées.



Dessin des céramiques
Agripaume

* Service archéologique de la Ville de Lyon, 10 rue Neyret, 69001 Lyon, laboratoire ArAr, Archéologie et Archéométrie, UMR 5138.

** Inrap Grand-Est, Laboratoire archeobotanique, Centre de recherches archéologiques de Metz, 12 rue de Meric, 57063 Metz cedex 2. Rattaché à l’UMR 6298 ARTEHIS.

Bibliographie

Bertrand E., Wiethold J., 2017, «Archéologie de l’agripaume, du pot à la plante: céramologie, botanique et carpologie », Revue Archéologique de l’Est, tome 66, p. 381-390.

Wojtyniak K., Szymansky M., Matlawska I., 2013, « Leonurus cardiaca L. (Motherwort): A Review of its Phytochemistry and Pharmacology », Phytotherapy Research 27 (8), p. 1115-1120.
Dernière modification : 29/03/2018 09:55